Vivants

 


Nous sourions, parce que c'est notre façon de sauver le monde. Nous ne laisserons pas la Terre devenir une tombe, un charnier tournant dans l'espace. Nous allons procéder à notre propre exhumation. Nous allons nous battre contre le fléau et nous allons gagner. Nous allons pleurer et saigner, désirer et aimer, et vaincre la mort. Nous sommes le remède. Parce que nous l'avons décidé.

 

 

Là, sur le toit baigné de soleil du dernier avant-poste de l'humanité, nous contemplons notre monde désespérément et irrémédiablement condamné à un changement rapide, et nous chantons:
Nothing's gonna change my world. Nothing's gonna change my world.



Je me souviens du désir, de cet appétit insatiable qui dominait ma vie et celle de tout mon entourage. Dans ces moments-là, je suis content d'en être libéré. Il y a moins de problèmes aujourd'hui. Mais la perte de la plus fondamentale des passions humaines pourrait bien illustrer tout ce que nous avons perdu d'autre. Tout est plus tranquille. Plus simple. Et ça confirme, si besoin était, que nous sommes bien morts.

 



Je suis mort, mais ce n'est pas si mal. J'ai appris à vivre avec. Ne m'en veuillez pas si je ne m'étends pas sur les présentations, c'est simplement que je n'ai plus de nom. Comme la plupart d'entre nous. Nous le perdons aussi facilement que des clés de voiture, nous l'oublions comme une date d'anniversaire. Le mien commençait peut-être par la lettre "R", mais je n'en sais pas plus. C'est drôle, parce que quand j'étais vivant, je n'avais pas la mémoire des noms.