9782081435810

fiche technique

Auteur: Aliénor Le Gouvello

Editeur: Arthaud

Genre: aventure, nature writing

Parution: 2019

Pages: 229

Prix: 21,50€

 

résumé

« J’ai adopté les grands espaces australiens depuis dix ans maintenant. J’aime ce pays-continent, où je travaille avec les enfants aborigènes, ces jeunes démunis, désœuvrés mais débordants de vie. À ces oubliés du bout du monde, j’ai donné le meilleur de moi-même, ils m’ont appris leurs coutumes, leurs traditions, et plus important que tout, leur compréhension intime de la nature. Grâce à eux, je peux devenir écorce, feuille, branche qui craque. Aujourd’hui, je suis cette terre rouge que je foule pieds nus le plus souvent et que j’aime tant, j’appartiens à ce décor sauvage et parfumé. Cette aventure a commencé le jour où, une communauté aborigène m’a invitée à participer à une course de chevaux, moi seule femme cavalière, blanche de surcroît. En plein désert australien, sous la fournaise, je remportais la course, devant un public mâle, abasourdi qu’une femme jeune les devance. J’ai rencontré ce jour-là d’autres déshérités, les brumbies, ces chevaux australiens redevenus sauvages, que nombre d’Australiens trouvent invasifs et n’hésitent pas à éliminer.
Lorsque j’ai décidé de traverser seule ce continent sauvage, en empruntant les 5 000 kilomètres du National Trail, je savais que trois brumbies m’accompagneraient. Ces compagnons d’aventure et de solitude, j’ai dû les dresser moi-même. Cette fois c’était certain, je pouvais partir au loin, oser l’aventure, vivre ce rêve fou, cette traversée sauvage. »

 

note

4/5

j'ai beaucoup aimé 2

J'ai beaucoup aimé

 

chronique

  J'ai pu découvrir Sur la piste sauvage grâce à l'opération masse critique organisé par Babelio. Ma sélection était faite, Sur la piste sauvage n'en faisait pas parti même si j'avais gardé le titre dans un coin de ma tête et par un concours de circonstance, je n'ai pu cocher que ce dernier et j'en suis vraiment ravie au final car cette lecture a été passionnante et très enrichissante.

Le National Trail, c'est 5330 kilomètres parcouru par Aliénor en réalité, de fin 2015 à juillet 2017, avec une longue pause de 5 mois compris dans ce laps de temps. C'est un véritable challenge psychologique et physique, un rêve, une passion pour l'Australie qui lui donne envie de traverser tout le bush australien. Avec Foxy, son fidèle chien de 11 ans et ses trois chevaux ("brumbies"), d'origine sauvage (descendants des chevaux de guerre, livrés à eux-même après la fin de la guerre, considérés comme nuisibles même si les mentalités changent petit à petit): Roxanne, River et Cooper. Une aventure aussi pour démontrer l'importance des chevaux en Australie et que l'on peut vivre en parfaite harmonie avec eux. Trois chevaux pour établir un roulement: un cheval de bât pour transporter le matériel, un cheval monté et un autre au repos. Un très long voyage avec beaucoup d'imprévus et de complications: les blessures, la maladie, les doutes, les angoisses, le besoin de faire une longue pause... mais c'est aussi de très bons moments: des moments de partage avec les locaux, la beauté de l'Australie, la communion avec la nature, les rencontres (personnes, animaux), de l'entraide et du soutien. Et ce fut une aventure très suivie grâce aux réseaux sociaux et au bouche à oreille! Aliénor et son quatuor ont vraiment marqué les esprits!

Il a fallu une longue préparation, de plusieurs années avant de se lancer dans le Trail: préparer l'itinéraire, apprivoiser les chevaux, faire des entraînements de survie, trouver l'argent, préparer le matériel, prévoir les nombreux dangers et contraintes (météo, saisons, types de terrain, animaux...), prévoir un moyen de communication de secours, avoir des contacts tout au long du Trail pour les réapprovisionnements et les soins des chevaux...

De savoir que c'est une histoire vraie, c'est juste incroyable! J'admire le courage de cette femme, qui démontre qu'on peut être une femme et être tout aussi capable qu'un homme, courageuse et ambitieuse, elle n'a pas écouté ceux qui prétendaient que son entreprise n'était que folie, irréalisable et encore moins par une femme. C'est Aliénor elle-même qui nous raconte son histoire, en ne disant pas toujours "je" mais en parlant de "on"/"nous" car elle incluait aussi ses animaux. Ils ont été très importants, ils ont été les acteurs de cette expédition et je me suis sentie proche de ces chevaux à travers les mots d'Aliénor, chacun étant unique. Un lien s'est tissé entre eux et est devenu très fort au fil du temps. Et que dire de l'Australie? On dit que c'est le pays le plus dangereux du monde par sa faune et sa flore. Oui, mais il ne faut pas oublier sa population tellement accueillante et bienveillante, qui a été d'un grand soutien tout au long de l'aventure d'Aliénor.

Il y a une carte très important pour s'orienter et pouvoir suivre le parcours d'Aliénor et ses brumbies, avec le nombre de kilomètres parcourus par section, avec la date et le nom des villes étapes. Cette carte m'a vraiment beaucoup aidé. Il y a aussi des photos couleurs ou en noir et blanc, vraiment belles avec de jolis plans et où l'on peut voir la belle amitié entre Aliénor et ses compagnons d'aventure.

 

masse critique

 

extraits

Je me lève, debout sur les roches de grès recouvertes de lichen jaune et bleu vert, et, les bras en l'air, je pousse un cri de libération _ Ahouuuuuuuuuuh _, le cri du loup ou du chien sauvage errant dans le désert. J'ai le sentiment d'être sur le sommet du monde. Mon hurlement viscéral résonne comme si la nature acquiesçait. Le soleil à peine levé trace un filet mordoré sur ce point de vue phénoménal en face de nous. Le contraste entre le vert olive des arbres et l'harmonie de bleu et de violet dans le fond du canyon est saisissant. Avec ce cri de vie que je lance chaque matin en me levant, je signe mon appartenance à cette nature. J'exulte. Dans cette position en surplomb du canyon, les bras levé, je voudrais être un oiseau, m'envoler avec les aigles.

 

Semaine après semaine, mois après mois, avec Roxanne, Cooper et River, nous en sommes arrivés à former une famille. La confiance entre nous est réciproque. Une compréhension mutuelle instinctive nous permet de faire face aux défis et embûches rencontrés jusqu'à présent sur le Trail. Ensemble, nous avons un code et un cérémonial. Je leur parle en permanence au long de la journée; je leur caresse délicatement les yeux pour chasser les mouches; je leur témoigne mon affection et ma gratitude. Oui, un cheval sourit, lèche, embrasse, hume. "Il m'obéissait comme à son cerveau et non comme à un maître", fait dire Marguerite Yourcenar à l'empereur Hadrien à propos de son cheval Borysthène, dans les Mémoires d'Hadrien. Je suis exigeante parce que le Trail l'est. Ils sont trois et je suis seule; je ne les laisse pas me marcher dessus. Jamais ils ne doivent prendre le pas sur moi! Le voyage est déjà assez difficile; je ne les tape pas, je n'use jamais de violence envers eux, mais ils doivent respecter le règlement instauré. Des trois, Roxanne, la seule femelle, va tester ces règles. Une ou deux fois elle est partie, et je n'ai pas essayé de la courser: je sais qu'elle ne veut pas rester isolée de ses deux congénères. Parfois le soir, River et Roxanne aiment bien venir près du feu pour se chauffer le ventre. Quand ils broutent, ils ne se quittent jamais. S'ils s'éloignent, je les suis comme un berger surverille son troupeau. Je leur emboîte le pas avec un guide sur les oiseaux, un peu d'eau et des cacahuètes. Je m'arrange pour qu'ils mangent librement ce qu'ils apprécient. Quand l'herbe est abondante, une fois rassasiés, ils viennent se reposer près de moi. Un sentiment d'appartenance nous unit. Quand ma tente et mon matériel sont à l'intérieur de leur enclos, jamais ils ne bousculent quoi que ce soit. Je fais juste attention à Roxanne, la gourmande, qui fouine et déniche la moindre nourriture. Quand je les laisse brouter entravés, avant de monter l'enclos, je pousse à chaque fois mon cri de ralliement et ils reviennent tous seuls au campement. Je leur donne toujours une récompense, du coprah, du muesli ou une autre friandise.

 

Défenseur acharné des brumbies des Snowy Mountains, où autrefois on ne pouvait rien faire sans l'aide des chevaux, le bushman et ancien parlementaire souligne le "lien profond unissant le pays, ses habitants et les chevaux que nous protégeons. Ils symbolisent la liberté et sont une part de l'identité culturelle du pays." Et d'ajouter: "On ne peut pas se contenter de dire qu'ils sont un fléau, l'histoire et la mythologie sont aussi importantes." Aux dernières nouvelles, Peter Crochran semble avoir été entendu. En mai 2018, le gouvernement australien a préparé un décret, le "Brumby Bill" qui conférerait à ces chevaux de montagnes un statut de valeur patrimoniale. "Revenons sur notre lutte pour la liberté. Retracez-la jusqu'à sa source, et vous verrez que le chemin de l'homme vers la gloire est jonché d'os de cheval": citation d'un auteur inconnu mais pertinent!

 

Pour ne parler que de l'Australie, qu'aurait fait cette immense terre de colonisation récente sans l'aide des chevaux? Pour l'agriculture, le travail du bétail, l'extraction et l'exploitation des mines d'or et de charbon, les transports, la gestion des forêts, la construction, la poste?