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Fiche Technique

Auteur: Nathalie Bernard

Editeur: Thierry Magnier

Genre: thriller, historique

Parution: 2018

Pages: 283

Prix: 14,50 €

 

Résumé

Jonas vient d’avoir 16 ans, ce qui signifie qu’il n’a plus que deux mois à tenir avant de retrouver sa liberté.
Deux mois, soixante jours, mille quatre cent quarante heures.
D’ici là, surtout, ne pas craquer. Continuer à être exactement ce qu’ils lui demandent d’être. Un simple numéro, obéissant, productif et discipliné.
En un mot, leur faire croire qu’ils sont parvenus à accomplir leur mission : tuer l’indien dans l’enfant qu’il était en arrivant dans ce lieu de malheur, six années plus tôt.

 

Note

4/5

J'ai beaucoup aimé2

J'ai beaucoup aimé

 

Chronique

  Depuis plusieurs mois, j'ai une vraie fascination pour les peuples amérindiens, je suis avide de connaissances les concernant et j'ai lu pas mal de pépites les mettant en avant que ce soit des fictions ou des non fictions, en plus de mes visionnages de films.

Je suis tombée par hasard sur ce titre à la médiathèque au niveau des nouveautés et je n'en avais jamais entendu parler. J'étais donc intriguée car forcément, il tape dans le mille, dans ce qui m'intéresse actuellement. C'est sa couverture et son titre qui ont accroché mon regard et qui ont fait que je me suis arrêtée dessus avant de l'emprunter.

Canada. XIXème siècle. Jonas est un jeune Amérindien de 16 ans de la nation Cree qui a été arraché à sa mère il y a des années et placé dans un pensionnat autochtone pour jeunes amérindiens de différentes nations/tribus où tout est fait pour qu'ils oublient qui ils sont, leur culture, leur famille, pour qu'ils apprennent tout des Blancs: la langue, la religion, les us et coutumes... Jonas a joué le jeu. Mais il n'a jamais oublié. Il n'est pas un numéro, il n'est pas crédule. Il n'est pas forcément bien vu des autres qui pensent qu'il trahit leurs origines, qu'il est bien trop docile alors qu'il est comme eux, au fond. Tout est fait pour tuer l'indien en eux, pour les faire se détourner de leur passé mais certains événements en chaîne vont faire que Jonas ne pourra plus rester sans rien faire même s'il était à quelques jours d'être enfin libre (liberté à la majorité, du moins, c'est ce qu'on leur fait croire). Où être un indien va lui sauver la vie et va l'aider à se lier d'amitié avec un autre jeune homme du même âge, de la nation Inuit, Gabriel. Une course poursuite terrible et éprouvante va alors commencer!

L'autrice s'est inspirée de faits réels: des pensionnats pour jeunes Indiens que les Blancs souhaitaient intégrer à leur civilisation. Elle s'est renseignée, s'est documentée, a consulter des témoignages véridiques même si son histoire reste bel et bien une fiction (personnages, lieux, histoire elle-même). Elle a aussi voulu apporter plus qu'un côté historique à son histoire, en en faisant un thriller bien mené.

Dans cette histoire, il se passe des choses tellement affreuses et inhumaines. Et c'est encore pire de se dire que ça s'est réellement produit. J'étais beaucoup secouée et choquée face à tout ce que ces jeunes ont vécu dans ses pensionnats: loin de leurs familles, loin de leurs repères, traités de "sauvages" et autres insultes, menacés, rabaissés continuellement, forcés de travailler, de progresser dans leurs cours, punis, mal soignés, humiliés, abusés, violés, des conditions de vie terribles, des disparitions mystérieuses, des morts camouflées et j'en passe!

J'ai trouvé l'écriture de l'autrice plaisante, fluide, simple, abordable et j'ai apprécié le fait que ce soit écrit à la première personne, ce qui fait que j'étais dans la tête de notre jeune héros amérindien Jonas. Le livre est découpé via un décompte de jours (2 mois), le nombre de jour qu'il reste à Jonas avant d'être majeur et de pouvoir être "libre". J'avais l'impression que c'était assez décousu, je naviguais entre présent, souvenirs et rêves d'avenir.  

En bref, j'ai beaucoup aimé ma lecture! Elle a su me faire réagir de diverses façons et cette histoire me prouve une fois de plus à quel point les Amérindiens ont souffert depuis l'arrivée des Européens en Amérique et qu'encore aujourd'hui, leurs descendants n'ont jamais oublié ce que leurs ancêtres ont vécu.

 

Extraits

Tandis que les voix envahissaient mon crâne douloureux, je sentis ma gorge se serrer. Cette fois, ce n'était pas la boule de colère, mais des larmes, un flot de larmes que je sentais remonter dans mon ventre. Bientôt, elles envahirent ma poitrine, menaçant de faire céder le barrage que j'avais installé depuis si longtemps entre ma tête et mon coeur. Je ne trouvais plus de repère. Je n'avais plus d'arbre auquel attacher mon esprit qui, affolé, sautait d'une pensée à une autre comme un animal devenu fou: la forêt, les chasseurs, Gabriel, l'alcool, Lucie, ma mère mourante et puis Stella, trop loin, beaucoup trop loin de moi...

A bout, je laissai enfin éclater mon chagrin et pleurai longtemps dans le silence obscur de la Geôle.