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Fiche Technique

Auteur: Jim Fergus

Editeur: Pocket

Genre: drame, historique

Parution: 2011

Pages: 499

Prix: 7,90 €

 

Résumé

  En 1874, à Washington, le président Américain Grant accepte dans le plus grand secret, la proposition incroyable du chef indien Little Wolf : troquer mille femmes blanches contre chevaux et bisons pour favoriser l’intégration du peuple Indien. Si quelques femmes se portent volontaire, la plupart viennent de pénitenciers et d’asiles de tous les États-Unis d’Amérique.
L’une d’entre elles, May Dodd apprend alors sa nouvelle vie de squaw et les rites inconnus des Indiens. Mariée à un puissant guerrier, elle découvre les combats violents entre tributs et les ravages provoqués par l’alcool. Aux cotés de femmes de toutes origines, May Dodd assiste à la lente agonie de son peuple d’adoption.

 

Note

5/5

J'ai beaucoup aimé3

J'ai beaucoup aimé

 

Chronique

  Mille femmes blanches est un roman que j'ai trouvé par hasard dans une brocante il y a quelques années et ce n'est que récemment, pour un challenge personnel, que je l'ai sorti et bon sang, pourquoi ai-je attendu aussi longtemps pour le lire?! Parce que c'est une pépite!

Alors que l'Amérique du Nord a quasiment été conquise par les "Blancs" (cette fameuse conquête de l'Ouest), quelques tribus amérindiennes subsistent encore. Malheureusement, comme pour les bisons qui ont été pratiquement décimé, ils sont voués à disparaître eux aussi. Mais une tribu indienne, les Cheyennes font une proposition: 1000 femmes blanches contre 1000 chevaux. Ce qui provoque un taulé général, de la crainte, de la colère. Et pourtant, ce projet d'intégration des indiens à la communauté blanche à terme pour les générations futures va être accepté. Basé sur du volontariat, ce sont surtout des veuves, des célibataires en quête d'exotisme et d'aventures, d'anciennes esclaves qui signent. Mais il y a aussi des prisonnières, des femmes sorties de l'asile, des femmes qui n'ont pas d'autres choix que de s'engager. Et c'est une nouvelle vie vers l'inconnu.
May Dodd, 25 ans, mère de deux jeunes enfants en bas âge, était internée dans un asile de fous à tort et voit l'offre de devenir femme d'indien comme une libération. Son groupe, composée d'une quarantaine de femmes environ rejoint la tribu du grand chef Cheyenne Little Wolf, l'instigateur de cette idée de 1000 femmes blanches. Et envers cet homme, elle va éprouver bien des choses et leur relation se construit de façon naturelle. Le partage est complet, chacun apprenant de l'autre tout au long du roman, démontrant que les barrières culturelles et les différences peuvent être surmontées.

Nous suivons donc une femme en particulier, May Dodd, dont les journaux intimes ont été retrouvé par ses descendants bien des années plus tard et ce sont ses journaux, ses carnets si précieux, sa correspondance que nous lisons afin de connaître son point de vue le plus intimement possible, sur ce qu'elle et les autres femmes ont vécu. Le fait que nous lisons des journaux intimes de l'une de ces femmes courageuses fait toute l'originalité du roman. C'était intense, fluide, bien écrit, bien documenté. C'est donc beaucoup de narration et de descriptions mais c'est bien normal. ça reste une fiction mais avec des faits historiques réels. Parfois, je ne faisais même plus la différence entre l'un et l'autre.

C'est un roman très féministe et je n'ai pu qu'admirer toutes ces femmes sans exception! Elles vivent, survivent dans un monde où les hommes sont maîtres et franchement, vu tout ce qu'elles ont vécu, ça force le respect! May Dodd est le personnage central, le pilier autour duquel tout le monde gravite et c'est par elle, que nous suivons également les autres femmes, du moins quelques unes, les plus proches dans son entourage: les jumelles rousses Suzie et Maggie, espiègles et qui n'ont pas froid aux yeux, qui mettent l'ambiance; Gretchen, une femme forte dans tous les sens du terme au fort accent; Phemie, une ancienne esclave noire sportive et fascinante; Helen, exploratrice et passionnée d'ornithologie (études des oiseaux); Narcissa, une femme stricte et fière, extrêmement portée sur sa religion; Martha, peu sûre d'elle et naïve; Daisy, très portée sur l'alcool et qui ne se sépare jamais de son chien... Il y en a tellement d'autres mais je ne saurais les citer toutes. Ces femmes de tout âge (mais encore apte à procréer), de toutes religions, de couleurs de peau, toutes plus différentes les unes que les autres, aux aspirations différentes vont se retrouver liées à jamais. Ces femmes vont se soutenir en toute occasion, dans les bons comme les mauvais moments. J'ai d'ailleurs plus d'une fois été choquée par certains actes fait à leur encontre (viols, meurtres, enlèvements...).

J'ai une grande fascination pour la civilisation amérindienne, pour leur histoire qui ne doit jamais être oubliée. Force est de constater que je ne savais quasiment rien sur ce peuple aux nombreuses tribus et mœurs. Et ici, le choc des cultures est total. Il y a la barrière de la langue, la vie en communauté, la promiscuité, la polygamie, la sexualité, le respect du mariage, la médecine, les croyances et j'en passe! Quand il est dit que c'est un peuple à l'agonie, ce n'est pas un euphémisme. Les Indiens sont persuadés qu'ils seront un jour les égaux des Blancs, que tout va bien, qu'il n'y a pas lieu de s'inquiéter et qu'ils n'ont pas besoin de trop se reposer sur eux. Et c'est ce qui va précipiter leur chute.

Je savais que ce roman ne serait pas tout beau, tout rose et que c'était quasiment impossible d'avoir une fin heureuse. Ce final m'a donc beaucoup choqué et touché. L'histoire de May Dodd lui survit grâce à ses carnets et à sa descendance, pour que jamais on oublie le courage de ces femmes devant l'inconnu et la différence.

Ce roman est presque un coup de cœur! Encore aujourd'hui, j'y repense tellement il m'a marqué. Il m'a ému et m'a fait réfléchir. Découvrir un peu plus la culture amérindienne a été une révélation et je veux désormais en savoir plus. Et je serais au rendez-vous pour le tome 2!

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août = historique

 

Du même monde

1. Mille femmes blanches

2. La vengeance des mères

 

Extraits

Les Cheyennes croient que toute chose ayant eu lieu quelque part - chaque naissance, chaque mort - s'y trouve toujours, de sorte que le passé, le présent et l'avenir cohabitent éternellement sur terre.

 

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Tout notre contingent a été aussitôt mis à contribution au camp où nous nous acquittons des tâches les plus basses, à la manière d'enfants instruits par nos mamans indiennes, sinon d'esclaves, pour être plus proche de la vérité.
...
De leur côté, ces messieurs sauvages donnent l'impression de passer un temps démesurés à paresser dans leurs tipis, à fumer et à palabrer entre eux... ce qui me pousse à croire que nos cultures, finalement, ne sont peut-être pas si différentes : les femmes font tout le travail pendant que les hommes bavassent.

 

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La vérité était que j'aurais volontiers pris un aller simple pour l'enfer dans le seul but d'échapper à l'asile... et, pourtant, qui sait si ce n'est pas exactement ce que j'ai fait...

 

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Enlacés dans l'eau, mes bras autour de son cou et mes jambes à sa taille, nous flottions, Little Wolf et moi, et flottions encore... Nos corps glissaient doucement l'un contre l'autre, à l'aise et familiers dans cette eau tiède, soufrée, presque huileuse sur nos peaux. N'avons-nous pas été envoyées ici pour enseigner aux sauvages notre mode de vie ? Pourquoi les choses de la chair ne feraient-elles pas partie du programme?

 

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Je dois également porter ceci au crédit des Indiens : c'est un peuple formidablement tolérant et, si certaines de nos manières ou de nos coutumes semblent perpétuellement les amuser, ils n'ont encore jamais fait mine de les condamner ou de nous censurer.