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Fiche Technique

Auteur: Florence Aubry

Editeur: Rouergue

Genre: contemporain, drame

Parution: 2018

Pages: 188

Prix: 12,50 €

 

Résumé

Après son bac, Elfie se trouve un job d'été dans un parc océanographique. Très vite, on lui propose de devenir dresseuse d'orques. Un boulot de rêve, croit-elle. Elle croit aussi qu'ils sont amis, Titan et elle. Elle croit que dans ce parc, les animaux sont heureux.
Mais, si vous ouvrez ce livre, vous y lirez des pages noires. Vous y lirez la véridique histoire de cette orque magnifique, Titan, l'histoire très sombre de la souffrance des cétacés en captivité.

 

Note

5/5

J'ai beaucoup aimé3

J'ai beaucoup aimé

 

Chronique

  Les orques me fascinent depuis toujours, j'ai vraiment à coeur leur protection, la protection des mers et océans de façon générale, de ses habitants. D'ailleurs, je suis de près plusieurs organisations protectrices telles que Greenpeace et Sea Shepherd. C'est donc un sujet qui me tient beaucoup à coeur et quand j'ai vu ce roman à la médiathèque, je ne pouvais que l'emprunter et le découvrir en sachant pertinemment que je ne ressortirais pas indemne de cette lecture.

Elfie vient d'entrer dans la vie active, elle a pris son indépendance et s'est vue offrir un job d'été dans un parc aquatique renommé. Elle va passer par tous les postes, sans expérience aucune: caissière, soigneuse de manchots... et dresseuse d'orques. La soigneuse attitrée de Titan Noir (jadis Obscuro). le rêve qui devient réalité. Tout est beau dans le meilleur des mondes. Mais Elfie est aveugle. Elle pense comme beaucoup que les animaux sont bien soignés, qu'ils ont tout pour être heureux et c'est petit à petit que la réalité va la rattraper. On lui a menti.

L'histoire de Titan Noir n'est pas sans rappeler celle de la tristement célèbre orque Tilikum, mâle mort il y a un peu plus d'un an à l'âge de 35 ans malheureusement, qui a vécu une vie misérable et triste. L'auteure s'en est beaucoup inspirée (les attaques sur trois dresseurs notamment). Ce qui est mis en avant: l'intelligence des orques, des inconnus entre eux, pas de réelles familles, des conflits souvent meurtriers, des relations sociales bafouées, des enlèvements/séparations, des attaques contre les humains... Je rajouterai qu'il n'y a pas que les orques qui sont mises en avant dans ce roman, le malheur s'abat sur d'autres animaux aussi (manchots, otaries...).

L'originalité du roman réside dans ses points de vue. Des points de vue soit en noir, soit en blanc. Le point de vue d'Elfie se retrouve sur les pages blanches et celui d'une personne en particulier, qui connaît tout de Titan Noir (qui l'a suivi avant et après sa capture au fil des années), qui est comme sa "voix", sa conscience, est sur les pages noires. Ce sont d'ailleurs les plus importantes, les plus impactantes. Elfie est la personne type, la personne qui croyait ceci-cela avant de découvrir la cruelle vérité. On ne peut que s'identifier à elle, ce fut le cas pour moi en tout cas.

Je ressors quelque peu choquée et c'est une lecture qui va me marquer à vie car elle est tellement d'actualité. Aujourd'hui, les mentalités changent mais c'est encore trop peu bien qu'il y ait eu beaucoup d'avancées (reproduction en captivité terminée, les captures en milieu sauvage interdite...). La lecture est assez dure, j'avais le coeur serré, les larmes aux yeux et des noeuds à l'estomac. J'ai trouvé certains passages très violents et c'est ce qui m'a fait beaucoup réagir.

Le documentaire BlackFish, qui a fait grand bruit sur la vie des orques en captivité et plus particulièrement de Tilikum m'a complétement bouleversé, m'a pris aux tripes, m'a fait réfléchir mais bien avant de l'avoir vu, je me doutais bien que tout n'était pas rose dans les parcs aquatiques, que les orques et autres créatures marines ne méritaient pas une vie en captivité mais en liberté même si leurs populations sont en déclins. le chemin sera long et ardu mais il y a toujours de l'espoir.

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Le style d'écriture est un peu particulier mais très fluide. Les mots sont modernes, crus et ont résonné en moi.

C'est un livre important qu'il faut lire absolument qui est emprunt de vérité même si ça reste avant tout une fiction. Cette lecture ne peut laisser personne indifférent, c'est impossible.

 

Extraits

A grands coups de bâtons, ils ont réussi à hisser Oscuro dans cet affreux hamac, percé de deux trous pour les nageoires et maintenant il est là, dans les airs, avec un formidable point de vue sur le spectacle terrifiant: sa famille disloquée, les parents, prisonniers de leurs filets, qui hurlent à vous déchirer le ventre, et juste au-dessous de lui, les eaux rougies, et le corps flottant de l'une de ses deux cousines. Elle ne bouge plus.
Comment peut-on jouer et sauter et tourbillonner dans les eaux et être si furieusement vivant, et l'instant d'après, n'être plus que cette chose écarlate et inerte?

 

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Je me suis approchée de Titan; à travers la vitre, je lui ai parlé. Il gémissait, des bruits si aigus, et ses gémissements me retournaient le ventre. Il a fini par relever le rostre. Il m'a regardée, exactement comme un humain regarde un autre humain. Il m'a regardée tout droit dans les yeux et j'ai vu tout ce que je ne voulais pas voir. La solitude. La folie. La colère. La haine. Le désespoir.

 

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Je n'ai pas regardé jusqu'au bout, les images étaient insoutenables. Mais j'ai visité les pages vers lesquelles pointaient les autres liens, j'ai lu les articles et je sais comment la fille a terminé. Son corps disloqué. Ses os en morceaux. Morte. Tous les liens renvoyaient à la même chose: la violence incroyable de cet animal. Les incidents, les accidents. La mort, par deux fois. De gens qui l'ont approché.
Ema n'avait pas exagéré. Cette orque avait bien tué, les images étaient là, elles faisaient foi. Et elle n'avait pas non plus menti sur l'identité de cette orque. J'ai reconnu la couleur, unique. Le noir brillant de sa peau. Sans la moindre tache blanche. Cet épaulard splendide, massif et cruel, c'était bien le mien. Celui avec qui je passais des heures dans l'eau, chaque jour, celui que j'embrassais sur le rostre et dans la gueule duquel je posais ma tête, en toute confiance, ou en toute inconscience, au milieu du spectacle. Cette orque, c'était Titan.

 

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Je ne peux pas y retourner comme ça. Je pourrais être elle, je pourrais être cette fille, sur la vidéo. Cette mort atroce... elle a dû être terrifiée, et puis elle a dû souffrir, terriblement. Tous les jours, depuis des mois, je suis dans l'eau avec Titan, avec ce géant de cinq tommes, sans rien connaître de son histoire!