Bodyguard, tome 1, L'otage

_ Les gardes du corps sont les samouraïs des temps modernes, déclara le Colonel Black. Ces guerriers médiévaux étaient prêts à donner leur vie pour protéger leur seigneur, tout comme le garde du corps place la sécurité de son SP au-dessus de toute autre considération.
[...]
_ Les samouraïs observaient le bushido _ un code d'honneur, de loyauté et de courage. Aujourd'hui, un garde du corps professionnel se doit d'obéir aux mêmes principes, même si, dans votre cas particulier et en raison de votre âge, tout est mis en œuvre pour ne pas vous exposer à des risques mortels.
Il se tourna brièvement vers Charley, dont le fauteuil se trouvait au premier rang, puis ajouta:
_ Hélas, un accident est toujours possible.
Il marqua une pause avant de poursuivre son exposé.
_ Et c'est pourquoi je requiers de votre part un travail assidu. L'excellence est le seul moyen de se tirer des situations inattendues. Effacez de votre esprit l'image du gorille bardé de muscles fendant la foule à coups de coude devant une starlette. Oubliez l'agent 007 vêtu comme une gravure de mode, parlant à ses boutons de manchette, une main à l'intérieur de sa veste, prêt à dégainer à la moindre menace. Les meilleurs gardes du corps sont ceux que personne ne remarque.

 

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La femme esquissa un sourire.
- On peut dire que tu as du cran.
Un compliment ? Connor n’en croyait pas ses oreilles. Son interlocutrice ferma le dossier, se tourna vers son collègue et hocha la tête. Ce dernier prit la parole.
- Et bien, tout me semble parfait, dit-il. Je crois que tu as réussi.
Connor fronça les sourcils.
- Réussi quoi ?
- Le test.

 

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Le crochet du droit prit Connor par surprise, un véritable missile qui l'atteignit à la mâchoire et fit danser des étoiles devant ses yeux. Il bloqua un direct du gauche et répliqua par un coup de pied aux côtes. Son adversaire, un garçon de quinze ans échevelé dont le corps semblait avoir été taillé dans le roc, esquiva aisément la charge et revint aussitôt à l'assaut. Les coups se mirent à pleuvoir. Connor baissa la tête et remonta ses gants.

 

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A quelques mètres de l'obstacle, Connor aperçut un minuscule nuage de fumée flottant au ras du sol.
_ Explosif! cria-t-il.
Connor et Amir changèrent brutalement de trajectoire, mais ils se tenaient si près l'un de l'autre que leurs jambes s'entremêlèrent et qu'ils perdirent l'équilibre puis s'affalèrent tête la première. Le pétard explosa à deux mètres de leur position. Il produisit un éclair et une détonation assourdissante, puis une pluie de confettis écarlates retomba dans l'herbe humide.
_ On a eu chaud, soupira Amir, étendu de tout son long sur Connor.
Ce dernier délogea son partenaire d'un coup d'épaule et tourna la tête dans sa direction. Son visage était maculé d'excréments de mouton.
_ On ne pouvait pas choisir meilleur endroit pour se casser la gueule! gronda-t-il.
Amir réprima un éclat de rire tandis que son ami s'essuyait le visage d'un revers de manche.
_ C'est absolument immonde, gloussa-t-il.

 

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_ Cette technique n'est-elle pas un peu violente pour le SP? demanda Connor en jetant un bref coup d'oeil à Marc.
_ Si sa vie est mise en danger, le jeu en vaut la chandelle, répondit Jody. En une fraction de seconde, le SP est mis hors de portée de l'assaillant. Il est dès lors provisoirement à l'abri de toute attaque, même par arme à feu.
_ Et c'est nous qui sommes censés nous prendre la balle, maugréa Amir.
Le visage de l'instructrice se fit plus grave.
_ Les automatismes que vous êtres en train d'acquérir vous permettront d'éviter ce genre de situation. Au pire, je vous rappelle que vous disposerez de vos vêtements de protection réglementaires. Mais oui, en effet, vous assurerez la sécurité de votre SP, et prendrez les risques à sa place. Vous serez son bouclier.

 

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_ La chemise te protègera contre les balles, le T-shirt contre les armes blanches, expliqua Amir. Si le blouson est aussi lourd, c'est parce qu'il réunit ces deux propriétés.
Connor palpa le coton épais de la chemise.
_ Tu veux dire que ce tissu arrête les balles?
Amir hocha énergiquement la tête.
_ Tu peux demander à Jody, si tu ne me crois pas. Mais je te le déconseille.
_ Pourquoi?
_ Parce qu'elle m'a tiré dessus, tout à l'heure, quand je lui ai posé la question.
_ Pardon? s'exclama Connor, convaincu qu'il avait mal entendu.
Amir souleva son T-shirt et dévoila un torse marqué d'un large hématome violacé.
_ Ouais, elle m'a forcé à l'enfiler, puis elle a sorti un 22 lo,g rifle. Et là _ bam! _, sans prévenir, elle m'a collé un pruneau. Du coup, je suis formel, cette chemise est une vraie armure.
_ Visiblement, ça n'a quand même pas été une partie de plaisir, grimaça Connor.
_ Je mentirais si je disais le contraire. Un vrai coup de bélier. A l'avenir, je crois que je lui rendrai mes devoirs en temps et en heure...

 

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_ Est-ce la première fois que tu viens aux États-Unis? demanda Mendez en lâchant un sucre dans sa tasse.
Connor hocha la tête.
_ Oui, mais je suis déjà impressionné.
_ De quoi parles-tu? demanda Dirk Moran.
_ Eh bien, de la Maison-Blanche. Elle est extrêmement bien protégée.
Comptant impressionner son auditoire, il ajouta:
_ Tireurs d'élite, vitres pare-balles, caméras de surveillance, capteurs infrarouges...
Le général Shaw se tourna vers Dirk Moran.
_ Eh bien, qu'est-ce que je vous disais? sourit-il. Ce garçon est déjà plongé dans sa mission.
_ Ce qui m'étonne un peu, c'est que je n'aie pas été fouillé à mon arrivée, ajouta Connor.
_ Moran? s'étonna le Président. Est-ce que ce garçon dit vrai?
_ Contrairement aux apparences, le vestibule n'est qu'un immense portail de sécurité automatique, expliqua l'intéressé avant de s'adresser à Connor. Vous avez été scanné de la tête aux pieds, jeune homme. Comme vous le voyez, vous ne connaissez pas tout notre dispositif.
_ A vrai dire, moi non plus! s'esclaffa Mendez en posant sa tasse sur la table basse. Thomas Jefferson, notre troisième président, a dit un jour: "La vigilance de chaque instant est le prix à payer pour notre liberté." Hélas, cette maxime est plus que jamais d'actualité. Ma situation nécessite une protection permanente assurée par le Secret Service. Il en est de même pour ma famille.

 

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Alicia essuya ses larmes puis s'adressa à son invité.
_ Tu dois me trouver ridicule, et me prendre pour une enfant gâtée.
_ Bien sûr que non. Ce doit être terrible de ne pas avoir de vie privée, mais tu es la fille du Président, et tu ne peux malheureusement pas te passer de ces gardes du corps.
_ Je sais, mais ça ne rend pas leur présence plus agréable, dit Alicia en se tournant vers la vitre, l'air mélancolique, pour observer les passants qui vaquaient en toute liberté dans les rues de Washington. Je donnerais n'importe quoi pour être quelqu'un d'autre, juste une journée...

 

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_ C'est ici, le 28 août 1963, que le Dr Martin Luther King, principal animateur du mouvement pour les droits civiques des Noirs américains, a prononcé son célèbre "I have a dream", expliqua le guide aux touristes rassemblés sur le grand escalier du Lincoln Memorial, ce temple de marbre blanc bâti en l'honneur du seizième président des États-Unis. Ce discours, qui clôturait la fameuse marche sur Washington, a marqué un tournant décisif et favorisé l'adoption en 1964 de la loi sur les droits civiques rendant illégale toute discrimination basée sur la couleur de peau, le sexe et les convictions religieuses.
Assis sur les marches à quelques mètres du groupe, Connor, Alicia et Kalila écoutaient attentivement cet exposé.
_ Quand on pense qu'un Noir a été élu président des États-Unis moins de cinquante ans plus tard... dit Kalila.
_ Puis un Latino, ajouta Alicia. Maintenant, tout le monde peut devenir président, même mon père!
_ Ce jour-là, poursuivit le guide, plus de cent cinquante mille personnes étaient réunies sur le National Mall. C'était alors le plus grand rassemblement militant populaire de l'histoire de la capitale.

 

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_ Il faut qu'on bouge. Vous pouvez courir?
_ J'ai remporté le 400 mètres, quand j'étais à UCLA, répondit le diplomate.
_ Parfait. Restez près de moi et respectez mes consignes à la lettre. Tango Trois nous couvrira. Nous allons nous réfugier sous le pont, compris?
Il lâcha une rafale de couverture puis escorta l'ambassadeur en faisant rempart de son corps. Une volée de balles siffla au-dessus de leurs têtes, et une seconde roquette pulvérisa l'épave de leur Humvee. Justin et son protégé furent plaqués au sol par l'effet de souffle.
Dopé par l'adrénaline, le garde du corps se redressa d'un bond et saisit le diplomate par le col de la veste. Ils sprintèrent sur une vingtaine de mètres et s'abritèrent derrière une BMW immobilisée à droit de la chaussée.