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Avant de se lever, elle colla son front contre le sien.
« Ne meurs pas. Je serai de retour dès que possible. Je ne te laisserai pas. »
Qu’elle soit revenue une première fois l’avait déjà stupéfait, aussi avait-il du mal à croire qu’elle le sauverait — pas quand elle connaîtrait le prix à payer. Il préféra ne rien ajouter. De toute manière, l’effort qu’il avait fourni pour prononcer ces mots et la souffrance eurent raison de lui. Il s’évanouit de nouveau.

 

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« La force de ton regard est si grande qu’il parvient à changer celui des autres…, lui murmura-t-il. Tu es magique, bien plus que moi. »

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Elle s’était souvent targuée d’être pragmatique et de bien réagir aux situations de stress. C’était l’occasion ou jamais de le prouver. Après tout, le choix était simple : vivre et laisser Joachim crever ; mourir et offrir sa vie à celui sans qui elle ne serait plus là ; vivre tous les deux et le suivre aux quatre coins du monde, pour l’aider dans une mission qu’elle soupçonnait désormais de ne dépendre d’aucune instance politique — voire humaine. Cette dernière option avait un petit goût d’aventure avec lequel elle devrait pouvoir composer.

 

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« Je lui ai assuré que tu savais et qu’il n’y avait pas de secret entre nous. Il a aussi remarqué que, sur certaines photos, j’étais entouré d’enfants. Il voulait me demander si nous comptions en avoir un jour. »
Elle retint sa respiration. Bien sûr, elle avait envisagé l’idée, mais ils n’avaient pas encore discuté de ça.
« Je lui ai dit que nous avions encore beaucoup d’endroits à découvrir avant que tu ne mettes au monde une portée d’oursons mal léchés.»
Elle rit à son tour.
« Tu ne serais pas en train d’insinuer que nos enfants te ressembleront plus qu’à moi, là ? lui lança-t-elle, taquine. La prochaine fois, envoie-le-moi. Il comprendra que celui dont il a à craindre le courroux n’est pas le plus poilu des deux.»

 

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Attendrie, elle caressa sa joue. Il semblait bouleversé. Pourtant, elle ne faisait que détailler ses traits, suivre la courbe de ses lèvres, puis celle de ses mâchoires, frôler ses pommettes couvertes d’une courte barbe. Derrière la figure d’un guerrier prêt à tout pour sa cause transparaissait une crainte touchante. Elle posa de nouveau ses paumes de chaque côté de son visage. Ainsi, elle avait l’impression de tenir un petit oiseau, grelottant et fragile.
Les yeux dans le vague, il effleura son sourire.
« C’est toi… Grâce à toi, j’ai l’impression de me découvrir comme je ne me suis jamais vu. De la même façon que tu fais ressortir les beautés du monde dans tes photos, par ton regard, tu me rends meilleur. »
L’aveu émut profondément la jeune femme. Elle ne savait quoi répondre. Aussi déposa-t-elle un baiser léger sur ses lèvres, puis se dressa sur ses genoux afin de le serrer contre sa poitrine. Joachim l’entoura de ses bras et demeura ainsi, à écouter les battements de son cœur.