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"Veux-tu savoir ce que c'est réellement que l'amour? demanda un jour mon généticien de père à mon frère, alors que nous les regardions danser. Je vais te dire de quoi il s'agit. ça n'a rien d'une science. C'est aussi naturel que le ciel."

 

 

 

Et je sais qui se cache derrière ce pieux mensonge. Vaughn. Qu'a-t-il pu raconter à son fils? Qu'il existe des écoles de futures épouses, ou les jeunes femmes vouent leur enfance à apprendre à satisfaire un homme? Qu'il nous sauve ainsi d'un orphelinat misérable? C'est peut-être vrai pour Cecily. Mais même elle n'est absolument pas prête à affronter ce qui va se passer quand leur enfant naîtra.
Je pourrais tout lui dire maintenant. Lui révéler que les soeurs de Jenna ont été éxécutées dans cette camionnettes, et que je n'ai jamais voulu devenir une épouse. Me croirait-il seulement?
Et si c'était le cas, me laisserait-il partir pour autant?

 

 

 

- J’aimerais qu’on ait un vrai piano, annonce Cecily. Même dans mon orphelinat minable, il y en avait un vrai.
Jenna, debout dans l’embrasure de la porte, la bouche pleine de pistaches, dont elle tient une poignée en réserve, lui répond :
- « Vrai » est un gros mot, ici.

 

 

 

Il dit m'aimer, mais comment est-ce possible, alors que nous en savons si peu l’un sur l’autre ? J’admets qu’il est facile de succomber à l’illusion. Qu’être assise ici, face à cette pleine lune magnifique, dans la chaleur de son étreinte, ressemble à de l’amour. Un peu. Peut-être.

 

 

 

" Voilà mon histoire. tout cela est mon passé, et je ne laisserai personne le balayer. Je trouverai un moyen de reprendre le cours de ma vie."

 

 

 

Mes plus grandes peurs incluent toujours des cachots ; je n’imagine pas pire chose qu’être emprisonné à vie, surtout quand on sait le peu d’années qui nous reste.

 

 

 

J'enroule mes bras autour de son cou et m'accroche à lui. Je m'accroche, craignant qu'on me l'enlève, car dans cette maison on ne sait jamais quand ce qui nous arrive de bien va nous êtes retiré.

 

 

 

Une partie de moi est prise de pitié pour lui, mais la haine qui m’habite est
plus forte encore. De la haine pour cette maison, pour les coups de feu qui hantent mes cauchemars. Pourquoi chercherais-je à le consoler ? Parce que j’ai la blondeur de sa défunte épouse ? Moi aussi, j’ai perdu des gens que j’aimais. Et qui se propose de me réconforter ?

 

 

 

" Il entrelace ses doigts avec les miens, et je l'y autorise; je sens la moiteur de sa paume contre la mienne. Chaude. Vivante. Je finis pars comprendre que je m'agrippe à lui tout autant qu'il s'agrippe à moi. Nous voici tels qu'en nous mêmes, deux petites choses mourantes, dans un monde finissant comme tombent les feuilles à l'automne. "

 

 

 

Est-ce l’avenir d’épouse que l’on me réserve ? Une prison où l’on ne me laissera même pas la liberté de mourir ?

 

 

 

- Qu’offre donc le monde extérieur que vous ne puissiez avoir ici ?

- La liberté, Gabriel. Voilà ce que m'offre le monde extérieur, et qu'on me refuse ici."

 

 

 

Qu’importe l’amour que lui porte sa mère ; l’amour ne suffit pas à nous maintenir en vie.

 

 

 

C'est partie. Les deux autres élues avancent devant moi ; je suis la dernière à monter dans la limousine. une vitre teintée nous sépare du chauffeur. Juste avant que quelqu'un referme la portière, j'entends un bruit en provenance de la camionnette ou sont enfermées les autres filles.
C'est le premier coup de feu. Je sais qu'il y en aura une dizaine d'autres.

 

 

 

 

 

Deux factions sont en guerre ouverte : les proscience, qui privilégient la recherche génétique et la quête d’un antidote, et les Pronature, convaincus qu’il est trop tard, que le fait d’engendrer des enfants pour qu’ils servent de cobayes va à l’encontre de toute éthique. En résumé : qu’il est dans l’ordre des choses de laisser l’humanité disparaître.

 

 

J’ai toujours été fascinée par l’océan, par le fait qu’en crevant sa surface, on tutoie l’éternité, et qu’il fait le tour du monde pour revenir à son point de départ.

 

 

 

_ As-tu apporté son repas à Cecily? demandé-je alors qu'il dispose le plateau sur mes genoux.
Le fait que je reste clouée au lit limite les occasions de nous voir. Je ne peux pas l'accompagner quand il repart travailler, ou passer un moment avec lui au jardin.
_ Oui, marmonne-t-il. Elle m'a jeté un saucier à la tête.
_ Pas possible, dis-je en riant malgré moi.
_ Elle voulait ses pommes de terre frites, et non bouillies. Elle vise drôlement bien, pour quelqu'un dans son état.
Le ton ironique de la dernière phrase ne m'a pas échappé. Nous savons tous que Cecily n'a rien de la petite chose fragile que décrivent Linden et Vaughn.
_ Elle est d'une humeur charmante, poursuit-il.