multiversum-4076693

Et si notre vie n'était pas tracée d'une seule voie mais d'une multitude de possibilités?

 

 

 

"Chacun d'entre eux est une ligne", pensa-t-il, et il se mit à voir chaque personne comme une ligne tracée sur une carte hypothétique. Un gigantesque enchevêtrement de routes qui se croisaient, s'effleuraient, se rejoignaient, et continuaient plus loin. Là, au-dehors, dans les rues du monde, des milliards de directions. Des voies prises de travers par hasard, parfois brutalement interrompues. Il pensa un instant que deux amoureux n'étaient que deux parcours livrés au hasard. Ils pouvaient dessiner les trajectoires les plus absurdes sur une mappemonde, se diriger partout, et ne jamais se rencontrer. Ou alors se croiser, plusieurs fois même, sans jamais se reconnaître. Ils pouvaient prendre le même autobus tous les matins, sans rien savoir l'un sur l'autre. Et ainsi de suite jusqu'à la fin de leurs jours, sans qu'il y ait jamais la moindre interférence entre leurs parcours. Et pourtant, il suffisait de si peu de chose: l'échange de quelques mots, ne serait-ce que fortuitement, et les lignes se rejoindraient comme par magie. Les traits gris des chemins solitaires ne feraient plus qu'une seul route.

 

 

 

Lorsqu'elle rouvrit les yeux, la tête appuyée contre l'épaule d'Alex, elle aperçut un peu plus loin une file de gens qui entraient dans un bâtiment surmonté d'une coupole.
_ Où vont-ils? demanda-t-elle.
Alex se tourna aussitôt.
_ Au planétarium...
Jenny sourit.
_ Les étoiles, elles m'ont toujours guidée.
_ Les étoiles m'ont parlé de toi, ajouta-t-il, avant de se lever.
_ Qu'est-ce que tu fais? Où allons-nous? demanda Jenny.
_ Voir les étoiles, non? répondit doucement Alex en se dirigeant vers le planétarium.

 

 

 

Puis elle ferma les yeux, et repensa aux dernières phrases d'Alex.
"Tu es le plus beau rêve que j'ai jamais fait."
"Je n'ai jamais rien éprouvé de semblable."
"Je veux te rencontrer, même si je dois aller au bout du monde."
Ces mots lui avaient réchauffé le cœur ces derniers temps, et la consolaient en attendant le moment qui, selon ses espérances, allait changer sa vie pour toujours.

 

 

 

_ C'est la fin, murmura Jenny, en serrant le triskèle dans ses mains, le regard perdu dans celui d'Alex.
_ Je t'aime, Jenny.
Alex avait les yeux brillants, et tremblait de peur.
_ Moi aussi. Depuis toujours...
Elle se pressa contre lui, leurs lèvres se joignirent en un dernier baiser. C'était un instant hors du temps, une promesse d'union éternelle. Ils s'embrassèrent comme si c'était la première fois. Comme s'ils étaient sur la jetée d'Altona, silencieuse et magique, seuls, avec les vagues en toile de fond. Mais il n'y avait pas de constellation d'Orion pour veiller sur eux.