Assassin's Creed, tome 6 : Black Flag

 


« J'étais hypnotisé par l'homme cagoulé. Médusé par cet émissaire de la Faucheuse qui, faisant fi du carnage autour de lui, avait attendu son heure, patient, imperturbable, pour fondre sur sa cible. »

 

 

 

_ En vérité, je ne redoute pas vraiment une attaque de pirates, me confia-t-il. Mon navire est petit, et je ne possède rien de grande valeur. Du sucre de canne et ce qui va avec: de la mélasse, du rhum... Ce genre de choses.
Je ris en pensant à mon équipage.
_ Je ne connais pas un pirate au monde qui dirait non à un tonneau de rhum!
#Stede Bonnet & Edward Kenway#

 

 

 

Pourtant, quand je retournai à mon hamac, seul, je fermai les yeux de peur que mes larmes ne jaillissent. Je n'avais pas pris la mer pour devenir pirate. Oh, bien sûr, je savais que je n'avais plus le choix. D'autres que moi étaient obligés d'emprunter cette voie, dont Edward Thatch lui-même. Malgré tout, ce n'était pas ce que j'avais voulu pour moi. Je n'avais jamais souhaité devenir un hors-la-loi.
Toutefois, je répète, je n'avais pas le choix. A partir de là, j'abandonnai tout projet de rentrer à Bristol en étant devenu un homme bien. Au mieux, je pouvais espérer y retourner en tant qu'homme riche. A partir de là, mon objectif fut d'acquérir des biens de valeur. A partir de là, je devins pirate.

 

 

 

J'allais enfin rentrer au bercail. Retrouver Edward, Benjamin et la république pirate, qui m'avaient tant manqué.
Je mourais d'envie de leur montrer ma prise. Mon nouveau bateau. Je l'avais baptisé le Jackdaw*. (choucas)
[...]
_ Tu lui as donné le nom d'un foutu piaf?
Face à n'importe qui d'autre, j'aurais dégainé mon pistolet, voire sorti ma lame secrète, pour lui faire ravaler ses mots. Mais il s'agissait d'Edward Thatch. Pas encore Barbe Noire, loin de là. Il n'avait pas encore la toison faciale qui lui vaudrait son fameux surnom, mais sa légendaire vantardise _ tout aussi célèbre qu'allaient l'être plus tard les mèches enflammées dont il parsèmerait sa barbe pour le combat _ était déjà manifeste.

 

 



J'aimais bien Benjamin Hornigold. Il avait été le mentor de Barbe Noire, comme Barbe Noire avait été le mien. De plus, jamais je n'ai connu de meilleur marin.
Même si tu penses que je ne dis cela qu'à cause de ce qui est arrivé ensuite, tu vas devoir me croire quand j'affirme que c'est la vérité. J'ai toujours su qu'il avait quelque chose de spécial. En plus d'un petit côté militaire, renforcé par un nez aquilin digne d'un général anglais de l'aristocratie, il s'habillait différemment _ plus comme un soldat que comme un boucanier.
Je l'appréciais moins qu'Edward, mais le respectais tout autant, voire plus. Après tout, Benjamin était celui qui avait participé à la fondation de Nassau. Rien que pour cela, je l'aimais bien.

 

 

 

Pourquoi se préoccupent-ils de choses aussi insignifiantes? me demandai-je avant de m'apercevoir que je n'en avais cure. Et après tout, pourquoi m'en serais-je soucié? En tant que pirate, plus aucune loi ne me concernait, à part la mienne. J'obéissais certes à certaines règles, mais uniquement celles dictées par la vie en mer. Les respecter relevait plus du besoin, de la survie, que de l'acquisition d'un statut ou l'obtention d'insignes et de babioles à arborer fièrement. Ce qui opposait ces Templiers aux Assassins? Je n'en savais rien, mais je m'en fichais également comme d'une guigne.

 

 

 

_ Alors comme ça, tu appartiens à une espèce de secte d'illuminés?
_ Nous sommes des Assassins, et nous suivons un credo. Il ne dirige pas nos actes, ne nous soumet pas... mais il nous impose d'agir avec sagesse.
Nous débouchâmes dans un nouveau couloir, enfin assez haut pour que nous nous tenions de nouveau debout.
_ Un credo, répétai-je. Oh, je t'en prie, récite-le. J'adorerais l'entendre.
_ "Rien n'est vrai, tout est permis." C'est la seule certitude au monde.
_ "Tout est permis"? ça me plaît, ça. Penser ce que je veux et agir comme je l'entends...
_ Tu ne fais que répéter les mots, Edward, sans en saisir le sens.

 

 

 

 Elle me regarda, me regarda vraiment cette fois, et parvint même à me sourire avant qu'un nouveau spasme de souffrance ne s'empare de son corps.
_ Ne meurs pas pour moi, réussit-elle à dire. Va-t-en.
J'essayai de dire "non".
"Mais elle avait raison."
Je l'allongeai aussi confortablement que possible. Nos regards se croisèrent.
_ Bordel, m'exclamai-je. C'était à moi de partir en premier, entre nous deux...
Son sourire n'était plus qu'une esquisse.
_ J'ai fait ma part. Et toi?
Son image s'était multipliée, comme si je la regardais à travers des diamants. J'essuyai mes larmes.
_ Si tu viens avec moi, oui.
Elle ne répondit rien.
"Non, s'il te plaît. Ne pars pas. Pas toi."
_ Mary...?
Elle essayait de dire quelque chose. J'approchai l'oreille de ses lèvres.
_ Je serai avec toi, Kenway, murmura-t-elle. Toujours.
Son souffle chaud contre mon oreille. Son dernier.

 

 

 

 

_ [...] Ah, Edward... Tout le monde est parti, hein? Mary. Rackham. Thatch. Et tous les autres. Ils me manquent, malgré leurs défauts. Tu ressens la même chose, non? Comme un vide à l'intérieur.
_ Oui, dis-je. Par l'enfer, moi aussi.
Je me souvins d'un jour où Mary avait posé la main sur mon genou, et je fis pareil avec Anne. Elle contempla mes doigts un moment, sachant que c'était autant une invitation qu'un geste de réconfort. Et puis, elle posa sa main sur la mienne, appuya sa tête contre mon épaule, et nous restâmes comme cela.
Sans parler. Nous n'en avions pas besoin.