Nightshade, tome 1 : Lune de Sang

 
J'enfilai le corset en me tortillant.
_ Je vais le lacer. Préviens-moi quand tu ne peux plus respirer.
_ Génial.
_ Rentre le ventre!
_ C'est assez serré! haletai-je en baissant les yeux.
Oh mon Dieu!
_ Je tuerais pour tes seins, dit-elle à mon reflet.
J'ai arraché ma veste en cuir de la chaise et je me suis blottie dedans.
_ Ils n'étaient pas comme ça avant que tu les sangles.
_ Ren va être tour retourné, ajouta-t-elle en riant.
_ Arrête.
_ Quoi? C'est bien le but, non?
Je n'ai pas répondu. Ce ne serait peut-être pas si mal. L'union approchait. Je voulais qu'il me désire, même si nous ne pouvions rien faire pour l'instant.





Je me suis retournée vers Ansel et Bryn, assis côte à côte à l'autre bout de la table, une expression rêveuse sur le visage. La jalousie m'a fait mal au ventre. Même s'ils prenaient des risques, ils avaient pu choisir. Et avec Ren et moi comme alphas, leur romance pourrait sans doute continuer. Mason et Nev, Dax et Fey, tous avaient l'opportunité de connaître le véritable amour. Nous étions les seuls à ne pas avoir le choix. C'était ça le privilège d'être des alphas?





Ren caressa mon genou, ses doigts remontèrent sur ma cuisse, se glissèrent sous ma robe.
J'attrapai son poignet.
_ Attends!
Il ne libéra pas son bras de mon emprise mais continua d'embrasser le creux de mon épaule.
_ Et si on oubliait l'attente? murmura-t-il contre ma peau.
_ S'il te plaît, Ren.
Mon coeur battait à tout rompre.
_ ça va trop vite. Nous sommes censés attendre l'union.
Il roula sur le côté en poussant un grognement.
_ Je pense que tu découvriras que l'assouvissement d'un désir longuement refoulé est très surestimé.
_ Je suis désolée, dis-je en lui prenant la main. Ce n'est pas que je ne veux pas...
Je m'arrêtai, réalisant que je ne savais pas ce que je voulais.
_ Je peux t'aider, lança-t-il en s'approchant de moi.
Je sautai du lit.
_ Je suis sérieuse, Ren.
_ Bien, répondit-il en se levant doucement. C'est un territoire nouveau pour toi. J'espère seulement que les Gardiens ne t'ont pas transformée en nonne avec leur séquestration imbécile.
J'attrapai un livre sur ma table de nuit et je le jetai sur lui.
_ Sors de ma chambre!




Lorsque Ren me touchait, j'avais l'impression d'être emportée par une tornade de sensations, et mon corps, sans aucun contrôle, s'abandonnait. Les caresses de Shay étaient différentes, et créaient une dépendance plus forte. La façon dont ses doigts s'attardaient sur ma bouche semblait allumer une flamme à combustion lente, produisant une chaleur qui se propageait dans mes joues, mon cou et qui consumait finalement chaque centimètre de ma peau, un feu si intense que rien ne jamais l'éteindre.





_ Je pensais que tu serais contente de cette union, chère enfant, reprit-elle. Tu es une superbe alpha. Et il n’y a jamais eu de mâle Bane de la classe de Renier. Même Émile l’admet. Ce mariage laisse présager du meilleur pour nous tous. Tu devrais montrer ta reconnaissance.
J’ai serré les dents, mais j’ai soutenu son regard sans ciller.
– Je respecte Ren. C’est un ami. Nous serons bien ensemble.
Un ami… en quelque sorte. Ren me regarde comme une bonbonnière interdite dans laquelle il aimerait bien plonger la main. Et ce ne serait pas lui qui paierait le prix de cette audace. Même si j’étais chasse gardée depuis le premier jour de nos fiançailles, je n’aurais pas cru qu’il serait aussi difficile de faire la police. Mais Ren n’aimait pas suivre les règles. Il était assez attirant pour que j’en vienne à me demander si lui donner un avant-goût de ce qui l’attendait en valait le risque




Je vis mon reflet dans le miroir. On aurait dit l'une des femmes d'Henri VIII à qui l'on venait d'annoncer qu'elle serait bientôt remplacée.




- Alors, tu as réfléchi? demanda Ren en me tendant le bécher.
- Réfléchi à quoi? rétorquai-je en posant le vase et en attrapant un autre flacon.
- A ma proposition, dit-il, plaçant sa main au creux de mes reins. Ou tu doutes toujours de ta capacité à contrôler ta meute?
J'ai ressenti une chaleur aussi soudaine que s'il m'avait marquée au fer rouge. Je ne l'ai pas regardé.
- J'ai un flacon d'acide chlorhydrique à la main, Ren. Ne m'énerve pas. Tu ne respectes pas les règles du jeu.





- Est-ce que tu l'aimes ? demanda-t-il en me regardant dans les yeux.
- Ne me demanda pas ça [...]. Ce n'est pas une question d'amour. C'est une question de survie.
- Non, Calla, rétorqua-t-il à voix basse. ce n'est qu'une question d'amour.
Alors il m'embrassa. Ses lèvres se posèrent sur les miennes en une douce caresse, ses mains coururent sur mon corps, chaque mouvement me suppliant de ne pas le quitter. il pensait qu'il ne m'embrasserait plus jamais, je le savais. Une partie de moi voulait rester là, se raccrocher à lui, persuadée que nous étions fais l'un pour l'autre, que nous allions parfaitement ensemble. Mais une autre partie me poussait partir, s'enfuyait déjà loin dans la forêt, poursuivait un destin inconnu. Je réprimai un sanglot lorsque Ren me lâcha et me repoussa.
Le loup gris charbon regarda une dernière fois avant de disparaître entre les arbres.